Syndie Berger : la passion de la danse

Syndie Berger récompensée par les danseurs Français

Syndie Berger était présente aux dernières Rencontres Nationales de la FFCLD à Issoudun où elle a été récompensée par deux Awards : Meilleure Chorégraphe Féminine de l’Année 2015 et pour sa chorégraphie Celtic Na La qui a remporté l’award de la Meilleure chorégraphie « Débutant » pour l’année 2015. Elle nous raconte ici sa passion pour la danse.

CF : Quand as-tu commencé à t’intéresser à la Line Dance ?

SB : J’ai commencé la danse en Mars 2002, avec Valérie Morel jusqu’en Octobre 2012, puis ma leucémie m’a obligé à m’absenter du dance-floor pendant presque trois ans.

J’ai repris les cours depuis la rentrée 2015 mais sous surveillance et en mi-temps thérapeutique car toujours suivie par mon hématologue et pas à 100% de mes capacités physiques.

CF : Comment vois-tu l’évolution de la Line Dance, l’abondance des chorégraphes et des chorégraphies, comment gères-tu cela en tant qu’animatrice dans tes cours et en tant que chorégraphe ?
SB :  J’ai suivi au fil des années l’évolution de la Line Dance. Il y a du bon et du moins bon … Ce qui m’a attiré au départ, c’est la musique Country. Étant chanteuse, les chansons à texte et les voix m’ont plu ! Ensuite lorsque j’ai vu les danseurs au Billy Bob’s, j’ai adoré le visuel que rendait la danse en ligne et la bonne humeur des danseurs, c’était beau à voir.

 

J’ai découvert ensuite les Celtic Line Dance (moi qui adore tout ce qui touche à l’Irlande depuis mon adolescence) et enfin ce que j’appelle la New Line, qui regroupe toutes ces chorégraphies sur musiques « modernes » non Country. Personnellement, cela ne me dérange pas de voir que la Line Dance évolue dans différents styles musicaux. Il en faut pour tous les goûts !

J’aime la musique en général, je ne vais pas me priver de danser car ce n’est pas assez Country. Il faut juste savoir se respecter les uns et les autres et apprendre à tolérer les goûts de chacun. Que ce soit pour les amateurs de Country Line Dance ou pour les amateurs de New Line, il y a de la place pour tous et il faut savoir partager. Sans abuser, pour éviter de créer des conflits inutiles et des guerres de tranchées entre « Country » et « New Line ».

Syndie Berger

Quand j’ai débuté, nous n’avions pas de playlists dans les soirées, ni tags, ni restarts dans les chorégraphies. On n’avait pas 4 chorégraphies sur la même musique, et c’était celui qui lançait une chorégraphie en premier que l’on devait suivre. Il n’y avait pas autant de chorégraphies que maintenant. Et on était les plus heureux du monde ! On dansait 10 fois les mêmes danses, mais ça n’avait pas d’importance car la musique changeait à chaque fois ! On s’adaptait !

 

Avec le temps, les musiques ont été plus respectées et les chorégraphies ont vu apparaitre les Tags et les Restarts, voire des parties ABC. Tous les danseurs font la moue boudeuse mais il faut avouer que c’est le côté positif de l’évolution de la Line Dance : on respecte plus l’écriture et la structure musicale.

Malheureusement avoir l’oreille musicale n’est pas donné à tout le monde et une chorégraphie ça se travaille pour sortir quelque chose de cohérent.

Trop de gens se disent « chorégraphe » un peu trop rapidement et sans avoir fait leurs preuves auprès du public. Quand j’ai commencé à créer des chorégraphies, je les « testais » dans mes cours sans dévoiler qui était derrière cette danse. Je voulais un avis sincère, pas des compliments juste pour me faire plaisir ou ne pas me blesser. Parfois ça plaisait et d’autres fois pas du tout. Mais j’ai continué et lorsque j’ai eu mon premier contrat en tant que « chorégraphe », j’ai compris que mon travail pouvait plaire et une belle aventure a commencé.

 

Dans mes cours chaque semaine, j’apprends de tout à mes danseurs, ils le savent avant de s’inscrire pour l’année. Je mélange des nouvelles danses avec des anciennes, car nous avons de très belles danses « vintage » tombées malheureusement dans l’oubli. A nous animateurs de continuer à les faire vivre et faire (re)découvrir ces merveilles aux nouveaux comme aux anciens !

Faire une boulimie de danses pour pouvoir se pavaner sur la piste tous les week-ends, très peu pour moi, je laisse ça aux autres et je ne les envie pas ! Surtout si c’est pour les oublier le mois suivant, au profit de la dernière chorégraphie à la mode qui va cartonner 3 semaines. Je privilégie la qualité pas la quantité. Je remarque que parmi ces gens-là, beaucoup ne dansent plus mais copient sur les autres. Où est passé le plaisir de s’exprimer librement sur une danse ?

Ce que je déplore, c’est cette surconsommation de danses. Ça va trop vite, on prend puis on jette… des danses kleenex. Ça fait du bien de retourner parfois aux sources et de revenir sur des petits bijoux qui n’ont pas eu le temps d’éclore, et surtout de prendre le temps ! En tant que chorégraphe, dans mes workshops, je demande toujours au club qui me fait venir ce qu’il attend de mes stages. Je m’adapte à la demande; si c’est 100% Country, un mix « Country/New Line » sans oublier les Irlandaises. Avant mon cancer, j’avais essayé le style Catalan, mais avec ma forme physique actuelle, j’ai du abandonner pour le moment. J’essaie aussi de venir avec des nouveautés, bref je m’adapte pour faire passer un bon moment de détente et de fun. Je n’écris pas de chorégraphies sur une musique qui ne me parle pas, je ne suis pas une usine à chorées ! Le but premier de la danse : S’AMUSER !

CF : Tu présentes deux de tes dernières chorégraphies au pot commun IDF, et deux autres sont présentées par des animatrices de la région, c’est une belle reconnaissance. Quel est ton point de vue de chorégraphe sur le rôle des pots communs, celui d’IDF et ceux des autres régions ?

SB: C’est la plus belle des récompenses que de voir son travail mis à l’honneur par d’autres que soi. Voir de nouvelles vidéos de ses chorégraphies sur le net, cela fait chaud au coeur. On se dit qu’on ne fait peut-être pas tout ça pour rien et que quelque part, des gens aiment notre travail. Je remercie Catherine Heaumon et Christine Baubry qui m’ont fait l’honneur de présenter deux de mes chorégraphies. Mes chorégraphies ont eu du mal à percer en IDF, mais elles ont été très dansées en province.

Depuis quelques mois, ma région parisienne me fait confiance et ce dernier Pot Commun IDF me le prouve encore. Et ça c’est « kiffant » !

Les Pots Communs sont une belle initiative pour pouvoir retrouver cet esprit de rassembler les gens autour de la même danse. Le seul bémol est qu’il existe tellement de magnifiques danses, qu’il en devient difficile de devoir choisir et voter. Du coup on se retrouve avec beaucoup de danses et pour la région parisienne, nous avons deux pots communs par saison. Mais nous avons le choix et certaines chorées sortent du lot et ont leur petit succès. D’autres devront attendre pour se faire connaitre et certaines n’iront pas plus loin. Les Pots Communs en France, peu importe la région, permettent aussi et surtout aux chorégraphes français de faire connaitre leur travail. Les chorégraphes internationaux ont la part-belle et beaucoup plus de reconnaissance que les chorégraphes français dans le milieu de la Line Dance. Donc le Pot Commun est une excellente idée pour faire ressortir les talents français trop souvent « écrasés » par les stars internationales.

CF : Comment fais-tu pour trouver/choisir des musiques ?

SB: Ah la fameuse question que l’on me pose très souvent 😉 Il n’y a pas une journée que je passe sans écouter de la musique. Voilà le secret !

Même quand j’étais hospitalisée pour ma leucémie, j’avais mon MP3. J’ai besoin de ça dans ma vie pour me sentir bien, pour m’évader. Pour trouver mes musiques, c’est très souvent par hasard. Un nom original ou un chanteur que je ne connais pas et me voilà à écouter ses oeuvres. Dans les magasins aussi, vous pouvez me croiser le bras en l’air dans un rayon, avec mon smartphone en train de « Shazamer » le titre qui passe à la radio. C’est fou les artistes intéressants que j’ai pu trouver ainsi !! Ça fait rire les gens en tout cas 😉

J’écoute des albums entiers en faisant mon ménage ou mon repassage et quand une musique me parle, je peux l’écouter en boucle. Parfois je chorégraphie, et parfois non tout simplement parce-que les pas ne me viennent pas. Après c’est une question de feeling. Je peux aimer une musique mais ne rien pouvoir en faire.

Je peux aussi écrire une chorégraphie comme « Whiskey’s Gone » en deux heures, en l’ayant entendu lors d’un retour d’un bal à 2h du matin, avoir les pas pendant le trajet en voiture et la danser dans la rue devant mes amis pour voir ce que ça donne ! Et ensuite rentrer chez moi en courant pour continuer à écrire toute la nuit ! Je travaille mieux la nuit pour mes chorégraphies, allez savoir pourquoi !

Parfois comme « Master of Tides » ou ma première chorégraphie « Gypsyka », il m’a fallu plusieurs semaines ou mois pour que la chorée se fasse, car je suis trop perfectionniste et il faut que ce soit cohérent, original et agréable à danser ! Mes choix de musiques se portent sur tous les styles, je chorégraphie beaucoup plus facilement sur de la musique Country ou Celtique alors que je suis avant tout une grande fan de New Line ! C’est là que je m’amuse le plus car elles sont souvent « difficiles » et j’aime repousser mes limites. Et les musiques y sont très variées.

CF : Comment fais-tu pour choisir les chorégraphies que tu enseignes (en dehors des tiennes) ?

SB: Dans mes cours, j’essaie de suivre la tendance du moment, en évitant le bourrage de crâne. Je regarde passer les playlists et je jette un oeil aux chorées que je ne connais pas. Si elles peuvent plaire à mes danseurs, alors je fonce !Je passe beaucoup de temps sur Internet pour trouver des danses nouvelles qui pourraient plaire, des musiques sympas. Je ne vais pas forcément prendre la chorégraphie de untel parce-que c’est un chorégraphe connu. Mais je fais en sorte d’être très à l’écoute de ce que veulent mes danseurs. Ça va plaire à certains et pas à d’autres, mais la semaine d’après j’essaie de contenter les mécontents de la semaine passée. J’ai toujours eu la chance de tomber sur des gentils danseurs, motivés et surtout là pour se détendre et apprendre sans se prendre la tête. C’est un travail d’équipe entre mes danseurs et moi. Même si je n’aime pas forcément la danse choisie, je veux avant tout leur faire plaisir car sans les danseurs, nous ne sommes rien.

CF : Tu as eu une grave maladie en Octobre 2012, et tu es maintenant guérie. Quels sont tes projets pour 2016/2017 ?

SB: Mes projets pour 2016 : côté danse, j’ai pas mal de workshops dans toute la France. Les clubs en province me font de plus en plus confiance et ça fait super plaisir. J’ai hâte de pouvoir tous les rencontrer et leur faire partager ma passion. Je vais animer aussi quelques bals à Charny près de Meaux et à Pomponne près de Lagny sur Marne en Seine et Marne. Faire danser mes parisiens, sinon ils vont me bouder si je « découche » en province trop souvent (lol).

Mais je reprends l’organisation des événements avec la venue de deux chorégraphes internationaux les 18 & 19 Juin prochains à Pomponne. Cato Larsen, parrain de mon association et chorégraphe norvégien ayant voyagé dans le monde entier par son talent et Trevor Thornton, chorégraphe américain, dont ce sera le premier workshop en France, me font l’honneur de venir partager et enseigner leurs chorégraphies durant ces deux jours!

Cato Larsen était déjà venu en Juin 2012, pour la première fois et en Juin 2013 lorsque j’étais en rémission avant ma rechute dans ma leucémie. Si j’organise ce genre d’événements, c’est avant pour que les danseurs puissent mettre un visage derrière les danses qu’ils apprennent, et prennent le temps de les découvrir en vrai. C’est toujours magique la rencontre entre un chorégraphe connu et un danseur. Je veux voir des étoiles dans les yeux des gens.

Cato Larsen - chorégraphe
Trevor Thornton - chorégraphe

Lorsque j’ai été touchée par la leucémie, cela a crée une vague de solidarité et de messages qui m’ont un peu dépassé. Je me suis enfouie dans ma solitude et j’ai dû abandonner les pistes de danse pour plusieurs mois. C’était très frustrant de voir les autres faire ce que je ne pouvais plus faire. J’ai tenté de revenir en Septembre 2013 mais la maladie est revenue aussi en Décembre 2013. Beaucoup trop de contrariétés m’ont poussé à bout et j’étais de nouveau enfermée dans ma « bulle » stérile en vue d’une greffe de moelle osseuse. Un mois avant ma greffe, j’ai perdu mon Papa, lui aussi atteint par la leucémie. Mes parents m’ont transmis cette force de me battre face à l’adversité, de ne jamais abandonner. Nous nous sommes battus avec mon père, mais la maladie l’a emporté quinze jours après mon trentième anniversaire.

Je dois avouer que la forme physique a diminué et je pense souvent à prendre ma « retraite » de danseuse. J’ai besoin d’être rassurée car je manque de confiance en moi.

Maintenant que je suis sur le chemin de la guérison, qui ne sera jamais réellement définitive, je veux pouvoir aider à mon tour ceux qui traversent cette maladie. Les 20 & 21 Mai 2017, j’ai en projet l’organisation d’un événement Line Dance, avec la venue de quatre grands chorégraphes internationaux, et de reverser la recette du week-end à une association en création et qui permettra d’améliorer la vie des personnes atteintes de leucémies, enfermées dans les hôpitaux, comme l’achat de petits frigos dans les flux stériles par exemple, ou des soins bien-être pour soulager la violence des traitements. J’espère sincèrement que ce projet aboutira car il me tient à coeur. On n’a pas idée comme la vie est difficile dans ces moment-là …

CF : Pendant les Crystal Boot Awards de Blackpool tu as eu l’occasion de parler au téléphone avec la chorégraphe Jo Thompson, raconte-nous comment ça c’est passé…

SB: C’était le dimanche 31 Janvier, peu avant midi, et je reçois un texto de la part de Gérard Simoncello qui me demande « tu sais parler anglais ? ». Je réponds que je me débrouille un peu. Il me dit alors de me préparer car il est en interview avec Jo Thompson et qu’il va me la passer au téléphone. Prise de panique, il faut que je révise mon anglais et que j’écrive un petit texte (que j’oublierai de lire) !!

A 13h30, le téléphone sonne et c’est Gérard. Il me demande si je suis prête (pas du tout) et il me fait comprendre que dans la vie, il faut savoir prendre des risques pour ne rien regretter ! Et me voilà au téléphone avec LA REINE de le Line Dance. Nous avons échangé quelques mots pendant une dizaine de minutes et la douceur de sa voix et sa façon de me parler m’ont touché. Quel bonheur !

 

 

Jo Thompson aux CBA 2016

Martine Canonne a immortalisé le moment avec Jo au téléphone, quel souvenir ! Je suis en admiration devant cette femme depuis le début de ma petite vie de danseuse, c’est plus qu’un modèle pour moi, c’est une icône. Jo Thompson est selon moi LA MEILLEURE en tout dans ce milieu. Je suis admirative par sa simplicité, son sourire, ses chorées toutes plus travaillées les unes que les autres et sa façon de danser où elle vole tout en légèreté. Cette femme est un ange, a énormément de classe et n’a pas besoin d’en faire des tonnes pour que tous les yeux se tournent vers elle ! C’est une vraie diva de la Line Dance. Et nous avons un malheureux point commun ensemble : la maladie.

Elle aussi a été malade et a subi une greffe. J’avais déjà échangé pas mal de mails avec elle, je veux absolument la faire venir en France, ce serait vraiment mon plus grand rêve ! Mais elle est overbookée et souhaite reprendre ses contrats qu’elle n’a pu honorer à l’époque (une preuve de plus de son professionnalisme que j’admire tant). Donc je patiente en attendant LA date.

 

CF : Que penses-tu de la difficulté des chorégraphes Français à percer dans le milieu par rapport aux internationaux ?

SB: C’est ce que je regrette le plus. Bien sûr que les chorégraphes internationaux les plus connus sont hyper talentueux pour la plupart. Mais cela ne veut pas dire qu’ils font des chorées géniales à chaque fois. On a eu le droit à ce que j’appelle des bonnes « bouses » aussi !

Mais nous avons en France d’excellents danseurs/chorégraphes qui méritent un peu plus de reconnaissance ! Malheureusement, un fossé sépare pour le moment les chorégraphes internationaux des chorégraphes français. Surtout en qualité de reconnaissance.

Je regrette que le reste du monde ne fasse pas plus confiance aux talents français et se focalisent sur les mêmes chorégraphes, qui parfois ne se cassent pas la tête pour écrire des chorégraphies. Le but étant de créer encore et encore pour satisfaire les demandes, et ce peu importe si d’autres « petits » chorégraphes ont déjà créé quelque chose sur la même musique qu’eux, avant eux et parfois mieux qu’eux.

Le seul qui commence à se démarquer, c’est Guillaume Richard. Il a récemment été à Chicago et a enfin touché son rêve : être parmi les plus grands ! C’est le premier français à avoir réussi à exploser au-delà des frontières et ça aura pris plus de 10 ans quand pour d’autres, ça ne prend que quelques mois parce-qu’ils sont hollandais, américains ou anglais.

En France, nous n’avons pas non plus le même type d’événements, ni le même niveau. Et je ne parle pas de la mentalité non plus, car nous sommes réputés pour être d’éternels râleurs ! Mais j’espère que Guillaume ne sera pas le seul et que d’autres connaîtront la même reconnaissance ou suivront le même chemin. Il a ouvert la voie, maintenant à nos talents français de montrer de quoi ils sont capables.

Merci à Syndie Berger d’avoir répondu à nos questions.

Photos : Michel Blondeau, Alain Mangenot

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